Devenir lecteur-correcteur, épisode 7 : se reconvertir pour vivre de la correction

Comme indiqué dans l’étude menée en 2020 par l’ACLF, l’Association des correcteurs et correctrices de langue française, « la moyenne d’âge d’entrée dans le métier est de 35 ans ». Plus que pour avoir une corde supplémentaire à son arc, Liliane Rosati a choisi la correction après une première carrière d’une trentaine d’années dans un secteur bien différent. Et elle parvient même à en vivre. Mais avant de pouvoir atteindre cet objectif, il faut jouer la prudence. Découvrez son parcours et ses conseils avisés !

1. Présentez-vous.

J’ai 59 ans, je vis dans le Val-de-Marne, en région parisienne

2. Comment êtes-vous devenue correctrice?

C’est une longue histoire. Après avoir fait des études dans le domaine de la publicité pour devenir rédactrice publicitaire, j’ai commencé par être salariée pendant 30 ans dans un tout autre domaine (banque – assurance – crédits immobiliers). Mon métier me plaisait, j’animais souvent des formations, et le poste que j’occupais me demandait beaucoup de rédaction et de relecture. Une fois les enfants élevés, j’ai profité d’un plan de départs volontaires pour changer de vie. Je voulais me réorienter vers les métiers du livre sans avoir d’idée précise. J’ai finalement suivi des formations préparant à deux professions très différentes l’une de l’autre : libraire et correctrice.

Pour me préparer au métier de correcteur, j’ai commencé par passer la certification Voltaire (pour réviser les acquis), puis j’ai suivi la formation du CEC (Centre d’écriture et de communication), qui n’existe plus aujourd’hui. J’ai également suivi quelques modules de perfectionnement auprès d’un autre organisme de formation : Orthotypographie, Word avancé, Antidote, InDesign.

3. C’est donc un choix que vous avez fait après voir eu une première vie professionnelle. Qu’est-ce qui vous a attiré dans ce métier de lecteur-correcteur ?

Tout. Je suis une lectrice compulsive, je suis passionnée par la langue française et j’aime beaucoup écrire. Dès le début de ma formation, j’ai ressenti une réelle passion pour cette profession. Elle me correspond tout à fait. J’aime travailler seule, je suis très pointilleuse, patiente (je n’hésite pas à lire un texte, à le relire, à le re-relire). J’aime aussi apprendre, et la langue française est une source intarissable pour le faire.

4. Comment exercez-vous ce métier de correctrice ? À plein temps ? Avez-vous une activité complémentaire?

J’exerce cette activité à plein temps. J’ai choisi le statut d’autoentrepreneur.

5. Quelles sont, selon vous, les qualités qu’il faut avoir pour devenir correcteur indépendant?

Pour commencer, il faut être patient et persévérant. Les clients ne tombent pas du ciel. En début d’activité, il faut relever ses manches et démarcher (les éditeurs, les agences de communication, les particuliers), être présent sur les salons du livre et distribuer des cartes de visite et des flyers. Déambuler également dans les librairies, les bibliothèques, qui connaissent les auteurs locaux. L’idéal, pendant cette période, est de trouver un emploi à temps partiel pour s’assurer un minimum de revenus tout en ayant le temps de démarcher. Pour ma part, j’avais trouvé un poste à mi-temps dans une librairie. Pour le travail de correcteur, il faut être curieux, pointilleux, et surtout… humble. Il faut respecter les auteurs, leur style.

6. Quels sont vos domaines de prédilection, vos sujets favoris ?

J’ai décidé de ne pas me spécialiser, parce que j’aime beaucoup la diversité. C’est une réelle richesse. Je passe donc d’un roman à un essai économique, puis d’un article de presse à une note interne d’entreprise. C’est très stimulant. J’ai tout de même un petit faible pour la littérature au sens large (romans, policiers, science-fiction, fantasy, etc.).

7. Qui sont vos commanditaires ?

Je travaille pour deux maisons d’édition, un magazine, deux agences de communication, les particuliers, et bien sûr pour l’EFLC, qui m’a permis de renouer avec le domaine de la formation. Ma collaboration avec les particuliers est de plus en plus importante. Sans doute parce que le bouche à oreille fonctionne bien. Les manuscrits me sont soumis avant d’être adressés aux éditeurs, ou avant d’être publiés en autoédition. Cela n’est pas pour me déplaire ; je reste maître de mes tarifs et délais.

8. Y a-t-il un monde entre l’idée que vous aviez du métier de correcteur et la réalité?

Pas vraiment, parce que je n’ai jamais vraiment « imaginé » ce métier avant de l’exercer. Mais je ne suis pas déçue. J’ai le sentiment de m’enrichir perpétuellement, d’apprendre chaque jour de nouvelles choses. Je travaille chez moi, ce que j’apprécie particulièrement, en toute autonomie. Grâce à Internet, je suis en contact avec d’autres correcteurs et correctrices. Nos échanges sont passionnants ; nous nous entraidons à distance en cas de doute.

9. Quel conseil donneriez-vous à ceux qui veulent devenir correcteurs?

Le premier conseil est, bien sûr, de suivre une formation. On ne s’improvise pas correcteur ou correctrice, même si on se trouve bon (voire très bon) en français. Il faut également connaître les règles d’orthotypographie, et surtout apprendre à corriger un texte sans le dénaturer, en respectant les choix de l’auteur, et donc son style. Une formation permet de trouver la bonne posture. Je conseille aussi de lire beaucoup, de tout. Plus on lit, plus on devient sensible au rythme, à la cohérence, aux maladresses.

10. Que souhaitez-vous ajouter à l’adresse de tous les futurs correcteurs qui vous lisent?

Je voudrais aborder les craintes concernant l’avenir de notre métier ; certains pensent que l’intelligence artificielle remplacera bientôt les correcteurs. Je ne le pense pas. Aujourd’hui, je m’amuse parfois à poser à l’IA des questions pointues concernant la grammaire, et ses réponses ne sont pas fiables du tout ! Elle n’est pas encore prête à nous remplacer. Et même si un jour elle devient incollable par rapport aux règles, je ne la crois pas capable de remplacer un regard humain sur un texte, de faire preuve de sensibilité et d’humilité envers l’auteur, de maîtriser toutes les nuances et les subtilités avec lesquelles nous jonglons chaque jour. Il y aura peut-être à l’avenir deux types de correction : la correction technique, que l’IA fera très bien, et la correction artistique, sensible et nuancée, qui restera l’affaire des correcteurs professionnels.

Merci, Liliane, pour cette conclusion optimiste et rassurante, et aussi d’avoir répondu avec entrain et passion à cette interview. Votre expérience illustre parfaitement le fait qu’il n’est jamais trop tard pour embrasser le métier de lecteur-correcteur. Quant à parvenir à en vivre totalement, c’est possible… en assurant ses arrières et en faisant preuve de patience !

Vous pouvez retrouver Liliane sur LinkedIn ou la contacter via son site !

 

École Française de Lecteur-Correcteur
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