Devenir lecteur-correcteur, épisode 6 : une formation sur le terrain, un bagage précieux pour pratiquer le métier
Pour être un bon lecteur-correcteur, il est essentiel de passer par une formation, afin de mettre ses connaissances de la langue à niveau et, surtout, d’apprendre les règles fondamentales en orthotypographie, champ que l’on ne voit pas ou peu durant la scolarité. Il existe aussi une autre option : être formée par d’autres correcteurs expérimentés. C’est ainsi qu’Élise Lejeune a appris les rudiments du métier, jusqu’à ce qu’il devienne sa marotte.
1. Présentez-vous.
J’ai 45 ans, j’exerce depuis 2006 en tant qu’éditrice, correctrice et secrétaire de rédaction. J’habite à Rouen, en Normandie.
2. Comment êtes-vous devenue correctrice ?
Pendant deux ans, j’ai fait une fac d’anglais, mais cela ne me plaisait pas du tout. À 19 ans, j’ai eu comme une révélation : je me suis rendu compte que je voulais travailler dans le secteur du livre. Je suis alors partie au Havre, en reconversion, à l’IUT Information-Communication option Métiers du livre (dont l’édition) : très vite, j’ai eu la confirmation que j’avais fait le bon choix. C’était une évidence ! À l’époque, la correction n’était pas du tout l’un de mes objectifs : j’aspirais à être éditrice en maison d’édition jeunesse. Après un stage dans une librairie la première année, j’ai réussi à en obtenir un autre, en deuxième année, cette fois dans une maison d’édition jeunesse. Grâce à cette expérience, j’ai pu travailler au Salon du livre de Paris pendant trois ans consécutifs. C’est ainsi que j’ai commencé à faire mes armes dans ce milieu.
J’avais ainsi fait mes premiers pas dans le monde de l’édition à Paris, et j’y suis restée pour continuer mes études. J’ai fait un IUP Métiers du livre, option édition. J’ai passé mon diplôme en trois ans, et j’ai profité de la troisième année pour à la fois finaliser mon mémoire (en vue de valider mon diplôme) et faire des stages (pour apprendre le métier). J’ai pu me former auprès d’un packageur éditorial spécialisé en jeunesse. J’ai appris plein de choses aux côtés d’une « éditrice-maquettiste » : j’ai commencé à me familiariser avec InDesign (et un peu Photoshop), j’assistais à des shootings photo, j’étais en contact direct avec des illustrateurs, des auteurs, j’organisais la vie du bureau (plannings et rangement !)… et j’ai corrigé mes premiers « vrais » textes.
Par la suite, j’ai intégré l’équipe d’un autre packageur éditorial, cette fois spécialisé dans les livres pratiques, pour quelques mois de stage. Cela m’a plu tout de suite. Au sein de cette petite équipe, j’ai pu toucher un peu à tout et vu tous les métiers. On m’a confié de la rédaction – que je n’appréciais pas beaucoup, mais je me suis prêtée au jeu ! –, on m’a montré comment étaient faites une maquette et une charte ; les correctrices m’ont appris les ficelles du métier, des règles aux signes de correction sur papier. C’est là que l’idée de faire de la correction un métier a commencé à s’insinuer dans mon esprit : je voulais ajouter cette corde à mon arc, car pourquoi se limiter à un seul métier, à une seule compétence quand on peut en greffer plusieurs à une même passion ? Après mon stage, j’ai cherché à me former à la correction « pour de vrai », mais, après avoir échangé avec les formateurs le jour du test devant m’ouvrir les portes de l’école, j’ai décidé de m’en passer, non pas parce que je savais déjà tout, mais parce que les formateurs ont estimé que je n’en avais pas tant besoin. (Avaient-ils raison ? Nul ne le sait. ^^) Finalement, mon patron de l’époque m’a embauchée : j’ai signé un CDI au poste de coordinatrice éditoriale. Pendant un peu plus de six ans, j’ai continué à apprendre, tout en découvrant un nouveau territoire : la presse (coup de cœur immédiat !).
3. Qu’est-ce qui vous a attirée dans ce métier de lecteur-correcteur ?
À l’école, j’étais bonne en français, en particulier en dictée (le cliché ^^). J’aimais l’orthographe, et je suis certaine que j’aurais adoré l’orthotypographie si on nous l’enseignait durant nos jeunes années ! Adolescente, je lisais beaucoup – mais je n’étais pas très douée en rédaction ! Pendant mes études supérieures, lors des « vrais-faux » projets éditoriaux que mes camarades et moi montions, j’aimais corriger les textes écrits par les autres – tout en ayant toujours un œil sur la maquette, sur l’« objet livre ». J’étais déjà « piquée », mais je n’en avais pas encore conscience. Mon goût pour la correction est venu au fur et à mesure, mais j’ai toujours considéré cet aspect du métier comme une extension de mon métier d’éditrice, puis de secrétaire de rédaction. Comme les formateurs (ceux dont j’ai parlé plus haut) m’avaient dit que mon point faible était la ponctuation, je les ai pris au mot et j’ai commencé à vouloir l’apprivoiser ; il me tenait à cœur de dompter ces chères virgules – je continue à le faire aujourd’hui, des années plus tard, mais j’ai fait du chemin depuis (enfin, je crois !). C’est ainsi que l’orthotypographie est devenue, comme vous l’avez sans doute compris, ce que j’aime le plus dans la correction.
4. Comment exercez-vous ce métier de correcteur ?Avez-vous une activité complémentaire ?
Je suis indépendante depuis octobre 2012. En 2014, j’ai commencé à avoir un double statut, deux sources de revenus et deux façons de travailler un peu différentes, avec d’un côté des clients, de l’autre des employeurs et des collègues.
J’ai une activité non salariée, qui concerne l’édition, la préparation de copie, la correction, principalement. Il m’arrive aussi de renouer avec mon premier métier, mes premières amours, la coordination éditoriale ; je mène alors des projets du début à la fin, du manuscrit au BAT. Enfin, je suis depuis peu maquettiste, mais encore en mode « poussin ». 😉
J’ai aussi une activité salariée, en presse (jeunesse, cuisine, animaux, santé et bien-être). Là aussi, je travaille à distance, de chez moi !
5. Quelles sont, selon vous, les qualités qu’il faut avoir pour devenir correcteur ?
C’est un métier très exigeant, qui demande de trouver un équilibre entre rigueur et souplesse, de savoir lâcher-prise et de s’adapter au texte – ce ne sont pas nos textes, mais ceux d’un auteur, d’une autrice. L’ouverture d’esprit est donc indispensable ; on doit aussi accepter que le texte ne soit pas parfait, surtout quand on corrige les mots d’une personne dont le métier n’est pas l’écriture (coach sportif, chef cuisinier, par exemple). On respecte le style et le registre de langue : les choix, les modifications doivent être raisonnés. Et, bien sûr, il faut être patient : une correction peut être longue et demander de nombreuses recherches. Pour terminer, peut-être est-il préférable d’aimer travailler seul (ou presque seul) et d’être un poil casanier. 😀
6. Quels sont vos domaines de prédilection, vos sujets favoris ?
Le livre pratique en général ; la cuisine, les loisirs créatifs, l’informatique, les jeux (cérébraux et vidéo), les animaux, l’écologie ou encore le bien-être, en particulier. J’aime aussi corriger des romans et des essais ainsi que des sous-titres vidéo, quand l’occasion se présente. Et, bien évidemment, des textes et jeux pour les enfants.
7. Qui sont vos commanditaires ?
Des maisons d’édition, grandes et plus modestes, des agences de presse ou de communication, des particuliers (autoédition). Je propose à ces derniers un accompagnement complet. J’apprends à les connaître, je leur donne des conseils édito, je fais la préparation de copie de leur texte, en suggérant des améliorations, des ajouts, etc., puis je m’occupe de la mise en page. Après la correction (sur papier), je mets en ligne le livre sur la plateforme de vente. C’est le genre de mission que j’aime tout particulièrement : voir « éclore » un texte, des mots écrits dans l’intimité de son auteur ou de son autrice à un livre que d’autres pourront découvrir.
8. Y a-t-il un monde entre l’idée que vous aviez du métier de correcteur et la réalité ?
Pour la correction, pas vraiment, car, comme je n’avais pas anticipé de travailler dans ce domaine, je n’avais pas de préconceptions. Il existe un écart en revanche entre mes études, un univers plutôt protégé, une sorte de microcosme, et le marché de l’édition, le « grand bain ». Quant à la microentreprise, je n’ai pas eu le temps de me poser de questions, tout s’est fait assez vite. J’ai connu quelques déconvenues, mais en lien avec le statut, pas avec le métier lui-même.
9. Quel conseil donneriez-vous à ceux ou celles qui veulent devenir correcteur ?
Accrochez-vous si vous êtes passionné, si exercer ce métier vous tient profondément à cœur !
10. Que souhaitez-vous ajouter à l’adresse de tous les futurs correcteurs qui vous lisent ?
- Étudiez les différents statuts (microentreprise, portage salarial, coopérative d’activité) pour choisir celui qui vous correspond le mieux.
- Tenez bon, car vivre de la correction demande du temps : il faut environ trois ans pour se constituer une trésorerie.
- Faites-vous un profil LinkedIn : il permet de saisir des occasions quand on recherche de nouvelles missions (pensez à ajouter des mots-clés à votre profil, connectez-vous à des personnes et à des entreprises pour suivre leurs publications, etc.).
- Ajoutez des cordes à votre arc en vous formant, si d’autres domaines de compétence vous intéressent.
- Demandez un échantillon du texte avant de vous engager et n’acceptez pas de test de correction non rémunéré, surtout si le texte est très long.
- Et, enfin, ne vous pas bradez pas : les débuts sont souvent difficiles, on peut avoir envie de dire oui à tout, surtout si la mission est intéressante. Cependant, il faut savoir aussi dire non quand la prestation est mal payée ou que la mission ne semble pas bien engagée.
Un grand merci, Élise, d’avoir apporté votre témoignage précieux sur le métier de correcteur et de montrer que l’on peut aussi y arriver par d’autres chemins, notamment par la transmission de pair à pair et le perfectionnement constant au fil des missions, le tout alimenté par la passion et une grande curiosité. Pour la suivre :
Si comme elle, vous avez appris le métier en le pratiquant mais que vous manquez de connaissances et d’assurance, pensez à notre formation de perfectionnement, qui s’adresse notamment aux correcteurs déjà en exercice : elle vous permettra de parfaire vos compétences pour une pratique de la correction encore plus juste et professionnelle !
