Comment aider un auteur de roman :
le rôle du lecteur-correcteur et ses limites
Écrire un roman, cela fait rêver. Mais pour arriver jusqu’au bout, il faut du temps et de la rigueur. Il est ensuite indispensable de prendre du recul pour avoir un œil critique sur son texte. Or repérer les problèmes d’écriture tout seul est loin d’être évident. C’est là que le lecteur-correcteur intervient : il apporte un regard extérieur, bienveillant, et aide l’auteur à peaufiner son manuscrit sans dénaturer son style. Parfois, il est appelé à remplir des tâches d’éditeur ou de bêta-lecteur autour de la narration : une autre fonction, tout aussi passionnante !
Pourquoi un auteur a besoin d’un regard extérieur sur son roman?
Le lecteur-correcteur apporte une lecture objective et précise du texte écrit. Dégagé d’un quelconque enjeu, il va pouvoir pallier les problèmes que peut rencontrer l’auteur et qui sont inhérents au processus d’écriture.
- La solitude de l’écriture : si s’isoler de la présence des autres est indispensable dans le processus créatif de l’auteur afin qu’il puisse se plonger totalement dans l’histoire à laquelle il donne vie, cela a aussi des inconvénients. Il est facile d’introduire des répétitions, de laisser des éléments devenus incompréhensibles suite à la suppression d’une scène, de mélanger deux caractères de personnages.
- Le manque de recul : sortir le nez de sa copie peut s’avérer difficile. En outre, plus on relit, moins on y voit clair. On peut être attentif au sens, et délaisser involontairement la forme. Trouver des erreurs devient quasi impossible !
- Les risques d’incohérences ou de longueurs : au fil de l’écriture, l’auteur peut perdre de vue des détails de son roman. Il introduit alors des erreurs, bien malgré lui, par exemple un problème de chronologie ou un autre nom pour un même protagoniste.
- La différence entre l’intention de l’auteur et la perception du lecteur : entre ce que l’auteur souhaite décrire, transmettre, et ce qu’il parvient réellement à véhiculer à travers les mots, il y a parfois un certain écart. Parfois, l’auteur imagine une scène si forte pour lui qu’il ne trouve pas les bons mots pour en rendre la complexité, et que sa phrase alambiquée perd le lecteur…
Le rôle du lecteur-correcteur dans l’amélioration d’un roman
Rendre un texte agréable à lire
L’un des rôles essentiels du relecteur, c’est de signaler et corriger les fautes d’orthographe, de syntaxe, de grammaire ou encore de conjugaison ainsi que les problèmes d’orthotypographie (majuscules, signes de ponctuation, espaces, accents, etc.).
Il contrôle également l’orthographe des noms propres, les harmonise tout au long du récit, et peut signaler les anachronismes (Paris s’appelait Lutèce au moment du récit) ou les erreurs (aller de Lourdes à Poitiers prend plusieurs jours, même au galop).
Vérifier la cohérence du récit et la voix narrative
Le lecteur-correcteur repère les tics d’écriture, les expressions toutes faites, les syntaxes répétitives (toujours commencer par un complément circonstanciel par exemple).
Dans les dialogues, le lecteur-correcteur s’assure que le registre de langue correspond à ce qui a été dit du personnage, et ce tout au long du récit.
Le lecteur-correcteur peut signaler la discontinuité du style de l’auteur, en particulier si le texte est long. Comme l’auteur peut poser et reprendre son manuscrit sur des mois, voire des années, il arrive que le ton des premiers chapitres soit très différent de la suite. Et cela peut troubler le lecteur.
Améliorer la clarté et la fluidité du texte
Sans réécrire le texte, le lecteur-correcteur soulève les problèmes de lourdeurs syntaxiques, de transition ou encore de changements de temps inadaptés, tout ce qui pourrait nuire à la lisibilité. Il propose ensuite des reformulations afin de rendre l’écrit plus clair et simple à lire.
Respecter l’univers et l’intention de l’auteur
Il y a mille et une façons d’écrire sur un thème, d’amener une intrigue. Le lecteur-correcteur doit être objectif et ne pas se substituer à l’auteur. Il est là pour améliorer le texte, en respectant la voix de l’auteur – c’est-à-dire ce qui rend son style d’écriture reconnaissable (ton, registre, ponctuation, etc.) – et les choix qu’il a faits, dès lors qu’ils sont corrects.
Le rôle de l’éditeur ou du bêta-lecteur dans l’amélioration d’un roman
Il arrive qu’un commanditaire demande au lecteur-correcteur de porter un regard critique sur la structure narrative, même si c’est traditionnellement le travail de l’éditeur, du secrétaire d’édition ou du bêta-lecteur. Cette analyse demande du temps supplémentaire et quelques notions spécifiques de narration. Elle sort du travail proprement dit du lecteur-correcteur.
Repérer les problèmes de structure narrative
Le bêta-lecteur contrôle que la ou les promesses narratives – c’est-à-dire ce que l’auteur promet au lecteur au début du récit ou ce que le lecteur projette (grâce à la couverture, le nom de l’œuvre ou la quatrième de couverture) –sont tenues.
Un roman qui fonctionne a nécessairement une structure qui tient la route : celle-ci doit servir le fond. Le bêta-lecteur indique à l’auteur ce qui vient interférer dans la compréhension de l’histoire, par exemple :
- Des détails qui parasitent le récit ;
- Une intrigue peu claire ;
- Un dénouement qui n’arrive pas au bon moment, trop tard ;
- Des éléments qui n’apportent rien à l’histoire ;
- Une chronologie trop complexe susceptible de perdre le lecteur, etc.
Travailler le rythme et l’équilibre des chapitres
Pour une bonne compréhension d’un roman, les parties doivent être équilibrées et les respirations insérées au bon moment. Le bêta-lecteur repère les passages où le récit piétine, les explications superflues ou les scènes insuffisamment développées. Une histoire à l’écriture maîtrisée alterne respiration et intensité, en se servant en particulier des fins de chapitre pour gagner en efficacité.
Formuler des retours constructifs et argumentés
Un bêta-lecteur porte un regard objectif sur le texte et s’interdit les commentaires du type « c’est bien/ce n’est pas bien », inappropriés et subjectifs. Il établit un constat, en parlant de ce qui pose réellement un problème, expose ce que cela entraîne concrètement sur la lecture et l’histoire, et propose des solutions concrètes pour résoudre ces points délicats : déplacer une scène, qui prendra tout son sens à un autre moment du récit, clarifier des passages inutilement trop longs et fouillés ou encore préciser l’objectif d’un personnage qui paraît trop passif, pour que le lecteur comprenne ce qui le pousse à agir. Cela permettra de continuer à capter l’attention du lecteur et que ce dernier ait envie de tourner une page après l’autre pour savoir ce qu’il va se passer. Le bêta-lecteur adapte ses remarques au type de récit : l’intensité dramatique n’est pas aussi forte dans une biographie que dans un thriller, la psychologie des personnages n’est pas aussi poussée dans une nouvelle que dans un roman.
Aider à réécrire sans imposer
« Proposer », c’est le mot clef qui résume le travail du bêta-lecteur pour aider un auteur. C’est l’auteur qui reste décisionnaire, puisqu’il s’agit de son texte : c’est lui qui va faire le choix d’accepter ou refuser les préconisations du bêta-lecteur, selon qu’il les trouve indispensables ou non.
Quelles compétences sont nécessaires pour corriger efficacement le texte d’un auteur ?
Être bon en français est un début, mais ce n’est pas suffisant. Pour travailler en étroite collaboration avec un auteur, il faut :
- Une excellente maîtrise du français : connaissance de l’orthographe, de la syntaxe, des règles d’usage des espaces, des majuscules ou de la ponctuation.
- Une grande rigueur : veiller à harmoniser les graphies, comprendre précisément ce qui rend une phrase obscure (syntaxe originale ou fautive, vocabulaire inapproprié, contresens possible, ambiguïté, etc.) pour pointer exactement le problème et pouvoir ainsi apporter une solution juste.
- La bienveillance et la diplomatie : savoir commenter de façon objective, avec douceur et tact. Proposer des reformulations argumentées, sans jamais juger la qualité de l’écriture.
Quelles compétences sont nécessaires pour aller plus loin dans l’accompagnement d’un auteur ?
- Une connaissance des genres littéraires : les codes, les attentes, les univers, mais aussi les poncifs à éviter.
- Un sens de l’analyse littéraire : connaître et comprendre les techniques employées par l’auteur afin de faire vivre son récit (les objectifs, le rythme, le point de vue exploité, etc.).
- Une capacité à structurer un retour : différencier les éléments importants des corrections mineures et être en mesure d’expliquer ce qu’il est possible de faire concrètement pour améliorer le manuscrit.
Le lecteur-correcteur est un professionnel de la correction au service de l’auteur. Il œuvre à préserver son intention, tout en rendant le texte agréable à lire. L’éditeur, ou le bêta-lecteur, lui, porte un regard critique sur la structure et sur l’intrigue.
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